bois visage

Une ballade au Bois de Serres

L’histoire que je conte est celle de deux créatures : deux druidesses, prêtresses, alchimistes, guérisseuses, fées, magiciennes, filles de la Terre-Mère, deux femmes comme les autres. C’est l’histoire d’une ballade dans un bois magique ou peut-être un bois ordinaire. Une ballade de 3h, 30 ou 3minutes. L’histoire que je conte est celle que je désire que tu connaisses, toi qui cherche ta magie. Cette histoire est la mienne et peut-être la tienne car nous ne sommes qu’un. Ensemble et séparé.

Cette histoire commence quelque jours plus tôt, la forêt m’appelle ou plutôt je l’entends, c’est d’elle dont j’ai besoin, d’elle dont je me souviens. Alors je demande et reçois. Je sais où je vais aller : le Bois de Serres. Je ne le vois que plus tard mais il peut s’écrire Bois de Cerf. Avalon et le Grand Cornu se rappellent à moi. Je n’y vais pas seule, ce n’est pas que pour moi. Créature visible, créatures invisibles, je co-crée.

Le chemin vers soi est souvent fait de détour et parfois l’on se perd, moi je me perds littéralement. Au lieu de l’entrée du bois, nous nous retrouvons dans un pré. Mais tout est grâce. Là où je suis, c’est là où je dois être. Mon amie ramasse des marrons et je me contente d’offrir de l’amour. Nous retournons sur nos pas sur les conseils d’un riverain. Finalement, nous voyons le chemin que notre intuition nous avait indiqué mais que nous n’avions pas écouté. Retourner à soi, c’est se faire confiance et lorsqu’on est perdu demandé son chemin.

Enfin, nous voilà à l’Aurée du Bois. J’entends l’appel plus fort, les chants et la vibration.

L’accueil du Bois

Je demande la permission au Bois de Serres d’entrer et déjà les curieux nous entoure : créatures de bois et de pierres, de plumes et de mousses, d’écailles et d’air, nains, gnomes, créatures de la forêt, je me sens observée.

Nous avançons et là au milieu du bois, une ligne à haute tension. J’entends la nature qui pleure, je sens sa tristesse. Je vois le cercle d’arbres à quelques mètres. Je demande à mon amie un instant, le temps d’un partage, d’une prière, d’une connexion. « Toi qui m’accueille, puisse mon amour soulager ta douleur. » J’accueille, reçois, donne, tout n’est qu’une fraction de seconde, tout n’est qu’infini. Mon amie pose les marrons au creux d’une souche timidement : « je sais pourquoi je les ai pris ». Je souris. La Nature vibre fort. Le monde, est un tourbillon, une force de douceur et de lumière.
« Nous sommes les bienvenues » je dis les yeux fermés, le sourire aux lèvres.
« Tu as vu la biche ?! » me demande-t-elle toute joyeuse au même moment. « C’était juste quelques secondes ! ho je suis trop contente!!  ».
Non, je ne l’ai pas vu, mais j’ai ressenti battre son coeur, celui de la Terre et le mien à l’unisson. Un merveilleux cadeau.

Nous avançons encore et les curieux continuent d’affluer jusqu’à ce que je ne sache plus où regarder.
« On nous observe » me fait-elle remarquer au bout d’un moment.
« Oui, il y a plein de monde. Qu’elle est la première créature qui te viens à l’esprit ? »
« Une licorne. »
Intéressant.
« Quoi d’autres ? »
« Des fées »

Se nourrir du tout

Nous avançons mais l’atmosphère change : plus dense, plus lourde. Je ressens, observe. C’est là. Hmm. Ici, je ne cherche pas vraiment à savoir pourquoi. Je pose simplement un phare dans la nuit. Je demande à la lumière de descendre sur cet endroit. Je me sens vaciller. J’ai fait ce que j’ai pu. Je ne sais pas si c’est suffisant. Nous nous remettons en route. Un instant plus tard, mes mains sont rouges, brûlantes, grattent. Je retire mes bracelets, ils m’irritent. Je demande à cet arbre sur le talus dont les racines sont visibles, s’il peut m’aider. Nous partageons, échangeons, une seconde, une vie. Mes mains ne brûlent plus. Merci.

Le temps gris depuis le matin, ne tarde pas à se couvrir, s’ouvrir. Il se met à pleuvoir. Nous sommes à l’abris sous le couvert des arbres. Si les autres joggueurs quittent le bois rapidement, nous nous y enfonçons sans même y réfléchir à deux fois.

L’énergie varient : monte, descend au gré des tournants et des paysages et nous donnons de l’amour et de la lumière. Nous en recevons aussi. C’est beau, c’est bon. La forêt parle, nous écoutons, nous nous en nourrissons. Combien de temps, nous ne saurions dire.
Nous marchons dans l’intuition et la confiance totale.
Finalement, la pluie forcissant et la faim venant, nous demandons un endroit abrité pour manger. Un pas, deux pas, au loin un banc. Nous voilà à nouveau sous le couvert de gros arbres. Le seul banc que nous ayons croisé est sec alors qu’il pleut et que les gens retournent à leurs voitures sans le voir à pas rapide. Nous mangeons, je fais une petite offrande, comme ça, dans l’instant. Nous sommes tellement gâtée. Et puis, mon amie comme moi, ressentons un étrange sentiment d’urgence. Il faut partir. Se presser. Pourquoi ? nous ne saurons jamais.

Le sentiment se calme et nous reprenons un rythme normal parapluie en main. Nous marchons, observons. Les gnomes se montrent littéralement dans l’écorce sculptée par la nature d’un arbre

visage dans le bois

Descendre en nous

Nous arrivons à la fin du chemin, à côté d’un pré. Nous remercions, prions, aimons. Je chante. C’est mon cadeau pour ce merveilleux moment. Etrange comme ma voix raisonne dans ce pré. Elle se mêle aux échos lointains d’hommes aux pieds nus, de couleurs et de plumes, d’un feu sacré et de danseurs. Mon coeur à nouveau se gonfle de gratitude et d’amour. Merci.

La ballade n’est finalement pas fini. Nous devons rebrousser chemin car par là, la route nationale est barrée. Ok.
Nous repartons et comme nous sommes descendu le long du chemin, je réalise que la foret nous a aidé à descendre à l’intérieur de nous. Maintenant, il s’agit de remonter tout ce que nous y avons puisé. Qu’y avons-nous trouvé ?

La Louve

Nous nous sentons étranges toutes les deux. Autour de nous, tout est calme comme si les créatures se terraient, se tassaient. Les rires et les sourirent ont disparu. Je sens que l’on m’empêche de continuer. Mon plexus est oppressé.
« J’ai l’impression qu’on est suivi. »
Je me retourne. C’est l’énergie d’une louve on dirait.
« C’est toi qu’on suit ».
Mon amie me regarde.
« Ce n’est pas quelque chose de mauvais. » j’ajoute devant son regard concerné.
Je demande à nouveau un cercle. J’ouvre les yeux. J’y suis déjà. Les arbres semblent rirent de moi et de mon immaturité. Je ris avec eux. Bonne leçon. Bref, je ferme les yeux. Ce n’est pas à toi de le faire. Ha.
« Ce n’est pas à moi de le faire. » je répète alors que je sens mon plexus se détendre.
« Faire quoi ? »
Elle me pose la question mais elle sait.
« Choisit un arbre et demande lui de t’aider. Que ce qui ne doit plus être, soit relâché, que ce qui doit être, soit accueilli. » Elle n’a qu’a tendre le bras, son arbre tout comme le cercle est déjà là. Je souris contente.
« Wow, ça tourne un peu la tête. » me fait-elle en le quittant.
« Prend ton temps, respire. Choisi un arbre, demande-lui un peu de son ancrage et de sa force. »
Elle s’execute et je l’aide un peu. Ca va mieux. A nouveau, on s’affaire autour de nous. Elle le sens aussi.
Plus tard, dans un souffle, elle me confiera avoir senti la louve lécher sa joue.

Nous avançons encore, repassons devant les endroits où nous avons déposé de la lumière. L’atmosphère est moins lourde et parfois même sereine. Nous sourions.

Baton de pouvoir

Le chant dans mon coeur se fait plus fort. J’entends comme des amazones, des sorcières, et le chants des femmes et des hommes venus d’une lointaine contrée m’assourdit presque, me fait me stopper. Juste devant moi, un baton. Il m’attire. Comme retrouvant un morceau de moi, je le touche avec émotion. Suis-je bois ou pèlerin ? suis-je chamane ou marcheur ? Druide ou sculpteur ? Les sensations se mêlent, m’emportent, tourbillon de voix et de connections. Hier encore, je voyais mon baton de pouvoir en rêve, en vision, aujourd’hui, la forêt m’offre de me connecter à lui à travers elle. Comme chaque source mêne à la source sacrée du Puit d’Avalon, elle-même liée au coeur de la Terre, ce baton, me lie à mon baton. Mes larmes coulent. Je suis ici et ailleurs. Je ressens, vibre.
Et puis tout s’estompe, se tarit. C’est fini.
Les chants ne sont désormais que murmures.

Nous entrapercevons un endroit que nous n’avons pas encore exploré mais elle comme moi ressentons que nous n’avons rien à faire là. Il faut partir.

Enfin, nous arrivons au premier cercle d’arbres mais je ne le traverse pas, je le contourne. Mon amie le traverse mais je ne la vois pas. Elle a comme disparu un instant ou peut-être est-ce moi qui me suis perdue. Ce n’est que l’instant de quelques pas.

Nous remercions pour ce retour. Nous qui étions venues pour la forêt, c’est nous que nous avons trouvé.

L’histoire que j’ai conté est celle de deux créatures : deux druidesses, prêtresses, alchimistes, guérisseuses, fées, magiciennes, filles de la Terre-Mère, deux femmes qui ont retrouvé leur magie. C’était l’histoire d’une ballade dans un bois magique ou peut-être un bois ordinaire. Une ballade de 3h, 30 ou 3 minutes, une ballade à travers nos vies.

Le reste du retour s’écoule comme dans un rêve et à l’heure ou j’écris, je me demande si je n’ai pas rêvé.

Emilie

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